Joséphine Bacon

par | 11 Nov 2015 | Rappelle-Moi Poésie | 0 commentaires

En septembre 2015, Joséphine Bacon était à Paris, à l’occasion des 20 ans de la Librairie du Québec. L’occasion de passer avec elle un moment privilégié et d’écouter ses réponses poétiques à mes questions existentielles.

On dit que les poètes sont comme les enfants : des rêveurs. Alors, dites-moi : comment atteindre les étoiles ?

Ça dépend de l’espace où l’on se trouve. Etre entouré d’étoiles, c’est comme vivre avec elles. Atteindre les étoiles, c’est regarder là-haut et avoir le sentiment de toucher le ciel. Moi je vois les étoiles surtout quand je suis loin des villes. Là d’où je viens, il y a une étoile qu’on appelle l’étoile du Caribou. C’est celle qui guide les chasseurs lorsque ils rentrent à leur campement.

Vous vous sentez mieux en compagnie des guerriers ou des louves ?

Je me sens plus proches des louves. C’est ma culture. Autrefois, lorsque les Innus étaient principalement des chasseurs et des cueilleurs, il arrivait parfois que des loups s’approchent très près des campements. Mais comme les Innus et les loups se comprenaient, les habitants avaient l’habitude de leur laisser un bout de viande en période d’abondance. C’était un temps où l’on se sentait plus en paix avec le monde animal. Par exemple, chez un ours, on pouvait voir notre grand-père. On avait le sentiment qu’on pouvait parler à l’animal et qu’il pouvait nous comprendre.

Etre poète, est-ce que c’est moderne ?

Je n’y ai jamais pensé. Ça ne fait pas si longtemps que ça que j’écris.

Les ani-mots ont-ils une sensibilité ?

Oui, beaucoup. Quand tu t’adresses à eux, ils te nourrissent.

Ils peuvent être agressifs si tu leur manques de respect. Si tu es empli de douceur et de tendresse, ils seront bons. Si tu es fâchés avec toi-même, en colère, ils seront mauvais.

Ça veut dire qu’il faut être bien avec soi-même pour savoir apprivoiser les mots ?

Pas forcément. Je pense que c’est ton âme qui te dicte les mots que tu écris. Il faut écrire avec ce que ressent ton cœur et écouter ce que les mots t’inspirent.

Y a-t-il un mot dans lequel vous aimeriez vivre ?

Oui, dans le mot « rêve ».

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Qui manie le mieux la parole ? L’homme poétique ou l’homme politique ?

L’homme politique a cette façon de parler…il n’est pas vraiment clair. Alors qu’un poète vient te chercher, il te parle, il a envie de partager. Un homme politique peut te parler, mais tu te dis que ce n’est pas vraiment à toi qu’il s’adresse.

Quel est le dernier rêve que vous avez fait ?

C’était à propos d’un tambour. Chez moi, on dit que pour savoir jouer du tambour, il faut l’avoir rêvé trois fois. La première fois, c’est quand j’étais enceinte de mon fils. La troisième fois, c’était 30 ans plus tard. Quand on joue du tambour, il faut écouter son cœur, il faut se caler sur le rythme du cœur et ne jamais aller plus vite que lui. Le tambour est comme un cœur qui bat. Il faut qu’il batte assez pour nous donner vie. Mais s’il bat trop vite, ce n’est pas très bon.

De quelle mauvaise habitude avez-vous du mal à vous passer ?

Partir au mauvais moment.

Si un esprit ancien était en vous là, que dirait-il ?

Je pense qu’il dirait « je suis fier ». Tu sais, dans ma culture, la transmission orale est très importante. Alors moi qui écris et qui partage ma parole, c’est un peu la voix des anciens que je porte avec moi. C’est un peu de cette voix que j’emporte avec moi quand je voyage, quand j’écris, quand je fais des rencontres, ici et ailleurs. Je suis tout ce qu’ils m’ont donné. Mes mots sont nomades.

Pourriez-vous me dicter un texto à envoyer à mon amoureux ?

« être là, avec toi, un court instant, un long moment, est une richesse »

Le réchauffement climatique est de plus en plus préoccupant. Ce sujet vous inspire ?

Tout ce qui touche à la terre et à la nature me touche. Un  vieil Indien disait : « on aura jamais le dernier mot sur la terre ».

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Merci à Agnès Perrais, Marion Féneux, Marie-Noëlle Blais et la Librairie du Québec.

Notre coup de cœur, « Un thé dans la toundra », est disponible ici.