Dulce Maria Loynaz

Dulce Maria Loynaz

Sur l’île Saint-Louis, un dimanche tranquille et ensoleillé, mes pieds filent droit. Les touristes se donnent rendez-vous en nombre afin de goûter aux ‘meilleures glaces de Paris’ ! Fameuse Ile Saint-Louis !

Je continue à marcher droit devant et arrive sur l’Ile de la Cité. Un instant j’admire Notre-Dame et me décide à traverser pour aller flâner sur les quais, vers les bouquinistes. Étalage de merveilles : affiches, cartes postales, livres, tout invite au voyage. Mes mains parcourent les montagnes de livres jusqu’à s’arrêter sur un petit livre jauni. Je repars sur Saint-Louis, en quête d’une glace bien méritée. Glace, soleil, Île, TROPIQUES…je rêvasse bercée par une légère brise d’été…odeurs de fleurs et de cigare. La salsa retentit en fond sur les berges de la Seine. ‘Prière de me recontacter ultérieurement, merci’.

L’instant d’après, les oiseaux chantent haut et fort, les couleurs sont chatoyantes, l’eau ruisselle, les sourires sont sur tous les visages. Un sourire parfois mélangé à une certaine mélancolie…Un ‘saute mouton sentimental’ que rythme l’éloge de la Vie et un profond désarroi ; uniquement calmé par cette grande et belle et vieille demeure du Vedado, à la Havane…

J’ai ouvert le livre sans même m’en rendre compte, la douceur m’a emporté le cœur au-delà de l’atlantique. C’est un voyage que j’entreprends avec Dulce au travers de la Fille prodigue. Elle s’appelait Dulce María Loynaz.

Constantin Cavafy

Constantin Cavafy

Au départ il s’agit d’un cadeau. Un cadeau à la couverture blanche. Dessus, un ange.
Un ange suranné qui regarde dans le lointain. Réminiscence de la Grèce Antique ?
La sonnette retentit, mon amie vient d’arriver. Elle me raconte son périple en Egypte, à Alexandrie.
Déborah me parle des pyramides, des bas-reliefs vivants d’une jeunesse éternelle.
Quel beau concept, quelle douce utopie…la jeunesse et la beauté passent.
C’est une fois débarrassé de ces considérations bien terrestres que l’être apparaît.
Mon amie s’en va et me laisse rêveuse. L’Egypte, le Nil, les palmeraies.
Je balaie du regard la pièce et aperçois là-bas, sur la table, le livre blanc qui brille d’un calme parfait, illusion ! Faux semblant déroutant.
J’ouvre le livre et plonge dans un univers coloré, feutré, dévergondé, à demi secret.
Sous mes yeux enflammés se déroule la poésie d’un grand Monsieur.

Ce monsieur s’appelait Constantin Cavafy.

Anna Akhmatova

Anna Akhmatova

Par un faux hasard, je découvre ce visage sur la toile.
C’est un ami russe qui, lors d’un dîner, m’avait parlé de la littérature de son pays.
Émaciée, belle avec son regard voilé et cette tristesse profonde. Ce visage, je l’ai cherché, longtemps.
La vie a passé, vite, très vite.
Entre les sorties et les fréquentations enjouées, que reste-t-il de cette légèreté ?
Légère et vaporeuse aux côtés de cette monstrueuse détresse.
Le cœur scintille.
Qui s’exprime pour tous ces êtres, victimes des guerres, privés des libertés essentielles ?
Liberté illusoire, certes.
Je regarde rêveuse, les yeux hagards, là sur mon banc. Les autres se meuvent dans la lumière noire.
L’attente se durcit. On attend quoi ? Une voix, cette belle voix qui s’élèverait pour moi, pour nous.
Une voix cristalline qui pose des mots sur les maux. Pour ceux qui ont souffert de la répression, du contrôle schizophrène de ces pantins fantoches.
Cœur d’homme, cœur de femme, brisés.
Parmi elles, une aura choisi de rester, de lutter pour tout un peuple.
Elle s’appelait Anna Akhmatova, « l’Âme de l’Age d’Argent ».

Friedrich Hölderlin

Friedrich Hölderlin

Abandonné, face aux intempéries, il gît là. Il a petite mine, en écho avec mon état d’âme.

Je m’approche, m’assieds sur le banc. Un rayon de soleil vient me réchauffer, me ramène à la réalité.

Je tourne mon regard vers mon compagnon d’infortune. Lui, qui se manifeste avec une tranquillité désarmante. Je me saisis de lui, furtivement, avec dextérité, tel une ‘snipeuse’ embusquée. Je ris, toute seule, sur mon banc, dans ce square déserté à l’automne.

Et alors que je ris, une joie immense me ravit le cœur, je ris de plus en plus belle.

Je ris, je ris, je ris, je hoquette. Personne n’a rien vu ! Je suis un peu folle, folle idéaliste, folle romantique.

Je lève la tête et observe le ciel gris, gris de gris, gris Paris.

Je t’aime Paris, même en gris.

Mon regard se pose à nouveau sur le livre, toujours tranquille, lové dans mes mains.

Je l’ouvre délicatement, trésor, précieux, unique.

C’est alors que je découvre les Odes, Elégies, Hymnes. Il s’appelait Hӧlderlin, Friedrich Hӧlderlin.